Les géomètres et les marins, ces arpenteurs de l'ancien monde, ces matheux des temps passés, savaient tout le pouvoir de cet objet. La possibilité de mesurer une distance sans nom, d'obtenir un rapport d'unité, de créer des surfaces régulières, même de calculer une vitesse. En fait, de dimensionner l'univers.

Les égyptiens, dans leur société crypto-mystique, en connaissait la puissance et l'avait codifié. Une réalité empreinte de symboles née des gré du Nil, jalonnant ses décrues et remplissant les silos royaux. Trois bâtons, une corde à douze noeuds et une belle histoire que les grands-prêtres se transmettaient secrètement. Horus, le frère d'Isis et d'Osiris, fut exécuté car incontrôlable. Osiris se vit découpé en sept parties. Isis envoya ses scorpions retrouver les morceaux de son frère-amant, qu'elle rassembla sur sa felouque et s'empala sur lui. Leur brève union réincarna Horus en leur fils. corde-a-noeuds.gif La numérologie égyptienne place Isis en 3. Trois points jetés dans l'univers créent un triangle, la formation du premier espace intelligible (à ce stade, le point et la ligne ne sont que singularités). Osiris est en 4. Quatre points dans l'espace forment un tétraèdre, le premier volume, et symbolisent la matière. Horus vient en 5, l'Homme, nous. Isis sur Osiris engendre Horus. De l'intelligence sur la matière naquit l'humanité. Pythagore en établit un théorème deux mille ans plus tard.

Il est plus intéressant de mesurer sa propre évolution avec une corde à noeuds, qu'avec tout autre moyen. Car si un concept est sensé être stable dans le temps, ses expressions le sont beaucoup moins. En évaluant régulièrement ses notions conceptuelles comme la liberté, le confort, la satisfaction ou autre, on y découvrira des distances aisément quantifiables et plus difficilement qualifiables. Exemple, mesurer tout l'espace entre "Jeune je dormais partout" et "Aujourd'hui mon repos nécessite un confort certain", ou bien l'écart "Etre un compagnon de vie" et "Etre un compagnon de lit", ou simplement "De quoi se nourrit-on?". Peut-on répondre sans mesures à l'aune de son seul empan?

En lisant diverses analyses de "El Desdichado" j'en trouve même l'usage, de la Tour abolie aux cris de la Fée... La réalité commune n'est que la somme de toutes les interactions mesurables avec l'environnement. Wow!

Ayé, j'andropause de la mansarde...