Le résultat électrique d'un programme informatique est un espace multidimensionnel, tel un jeu de tiroirs sans fond, contenant d'autres tiroirs, contenant d'autres tiroirs, etc... Des tiroirs mathématiques s'ouvrant sur d'immenses espaces logiques, mais peuplés d'incohérence humaine.

L'invasion de l'absurdité est globale et insidieuse : - pour envoyer une lettre administrative contenant une photocopie faite avec votre pc, vous payez en cb un timbre imprimé devant vous par l'automate horodateur. L'adresse de votre missive est lue par un scanner, envoyée à un logiciel de reconnaissance couplé à la base nationale des adresses. Le pli est correctement orienté par les robots du centre de tri, malgré des graphies incertaines, avant d'être physiquement acheminé par tgv, camion, scooter. Le tgv et le camion ne démarrent qu'à la lecture de la carte à puce du pilote, les trajets sont géo-localisés et enregistrés. Une gabegie numérique robotisée occupant toutes les étapes d'une intégration verticale, pourtant à faible valeur ajoutée.

Vous n'écrivez jamais ? Ok, résumons le numérique basique qui vous entoure : téléphone, mobile, sms, gps, pc, box internet, surf internet, email, réseau social, tchat, webcam, cd audio, usb, mp3, photo numérique, télévision, radio, horloge, numérisation, gravure cd, scan, imprimante, facture, banque en ligne, boutique en ligne, administration en ligne, carte bleue, carte de magasin, de cinéma, de piscine, de bibliothèque, passeport biométrique, hôpital, badge professionnel, clé sans serrure, parcmètre, compteur, panneaux, tickets en tous genres, et surtout, surtout, le virement bancaire sur votre compte de votre paie du mois !

Avec l'internet mobile, ce point de convergence de bien des acteurs économiques, le temps passé à construire un système d'information (une appli ou un site web) puis le temps passé à l'utiliser est juste inquiétant. Dans une société de loisirs et des générations sans grande conviction, l'effet final est purement dévastateur.

Petit calcul : hypothèse basse en occultant la production de matériel et de services et les millions d'employés du numérique, et en ne prenant en compte que la consommation de quelques services. Si les 1,5 milliards d'abonnés facebook, y passent un quart d'heure par jour, en lecture/écriture, cela représente 42 808 ans du temps de l'humanité perdue par jour ! Disons autant pour les emails, autant pour les sms, autant pour la téléphonie, auquel on ajoute une heure de télévision, cela donne environ 350 000 ans. Donc en prélevant 2 heures d'attention par jour pendant un an à ces 20% de l'humanité, on obtient un détournement d'activité concrète dédiée au virtuel de... 125 millions d'années !

Constat, on capte dans le réel l'énergie des jeunes générations avec de nouvelles technologies chronophages, on en profite pour normaliser des sociétés en les tribalisant, et on fait tourner l'ensemble au nucléaire et au fossile, emballé dans des cocons de métaux rares.

Ironie du sort, en générant de plus en plus d'espace virtuel, on polarise l'énergie des vivants et on réduit les ressources planétaires. Donc l'énergie totale consommée par le réseau pour maintenir l'espace virtuel en constante augmentation, croisera forcément la courbe des ressources déclinantes. De moins en moins d'énergie pour toujours plus d'espace vide à remplir vite.

A mon avis, un tel système ne pourra survivre que militairement.